Mitterrand
"Là où il y a une volonté, il y a un chemin"
Je n’ai connu ni le congrès d’Épinay, ni le 10 mai 1981. Mais je vis avec ces souvenirs. Ces souvenirs vifs encore chez tous les camarades qui y étaient, précieux pour les socialistes de toutes les générations. Ces souvenirs transmis. Un peu empruntés. Des voix qui se serrent en racontant la nuit du 10 mai, la Bastille, les embrassades, la sensation partagée que quelque chose venait de basculer.
Ce soir-là, alors que François Mitterrand devient le premier président de la République socialiste, tout un pays, mené par le combat d’une gauche unie et forte, gagne le droit d’y croire.
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Car Mitterrand, c’était cela. L’idée incarnée que la politique pouvait être grande. Qu’elle pouvait toucher à l’essentiel. Qu’elle pouvait changer la vie sans s’excuser. Qu’elle devait regarder loin. Que la gauche était légitime, nécessaire, pour la France. Aujourd’hui, 30 ans après sa mort, nous lui rendons hommage.
Ses conquêtes sont là, solides. Elles ont transformé nos vies au quotidien :
- l’abolition de la peine de mort,
- la cinquième semaine de congés payés,
- la semaine de 39 heures,
- l’égalité professionnelle,
- la hausse du SMIC,
- l’ISF,
- la décentralisation,
- la dépénalisation de l’homosexualité,
- le ministère des Droits des Femmes,
- la culture pour tous,
- la réconciliation Franco-Allemande,
- la retraite à 60 ans…
François Mitterrand a été le Président des libertés nouvelles. De la reconnaissance de droits longtemps refusés. De la justice sociale. De la prise de conscience écologique.
Il a aussi été celui de la réconciliation européenne. Il a eu cette sorte d’intuition historique qui n’a de cesse de résonner en moi depuis que je siège au Parlement européen. Sans Mitterrand, sans Delors, sans leur croyance partagée en une union qui protège, qui élève, qui écarte le prisme de la guerre et de la misère, notre Europe serait déchirée, étroite et fragmentée. Rappelons-nous aujourd’hui de l’avertissement lui ayant donné naissance, de cette raison d’être que je garderai au cœur et au poing pendant tout l’exercice de mon mandat : « le nationalisme, c’est la guerre ». Cette leçon de Mitterrand est un leg, et elle doit, plus que jamais, nous servir de direction.
Et au-delà de l’inventaire, nous gardons en mémoire l’essence.
Cette dignité dans l’exercice du pouvoir, la justice comme ligne de conduite, la constance des idées, sans dogme, avec des ambiguïtés, certes, que je n’oublie pas, mais avec, surtout, une sorte d’obstination tranquille qui nous apprend que la politique est faite de travail, pas de coups. Ce travail est celui des livres, des silences, des symboles, de l’union, de la patience. Il n’est pas anachronique.
François Mitterrand savait que les peuples ont besoin de récits pour tenir debout.
J’en suis toujours convaincu.
Peu importe le bruit du monde.
C’est ainsi que notre pays peut revenir à la rencontre des Françaises et des Français, pour changer leur vie. En refusant l’assignation à l’impuissance. En reprenant la conquête de l’émancipation, Mitterrand nous enseigne que nous ne sommes pas là pour nous noyer dans les pudeurs de l’immobilisme et de la peur.
Je suis, en ce jour de mémoire plus que jamais, convaincu que la politique peut beaucoup.
Par et pour le peuple. Pas en réponse aux injonctions des puissants, mais par fidélité à la démocratie, au pouvoir des nuées. Avec la droitesse que nous commande l’espoir. Car, si le début des années 1980 a été marqué par le néo-libéralisme cruel de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, François Mitterrand a fait face. Il a fait face, et il est important de nous en rappeler alors que fleurissent aujourd’hui, partout à travers le monde, des régimes plus dangereux encore pour nos droits, notre modèle social et notre démocratie. Il est encore possible de faire face. De faire France. Cette journée nous ordonne de ranimer l’esprit de mai 1981. Parce qu’après la violence du néolibéralisme, le Mur allait tomber.