"L’argent public de l’Europe doit cesser de financer sa désindustrialisation"

Ma tribune dans Le Monde

Extrait de ma tribune publiée dans Le Monde, publiée en tant que rapporteur du règlement pour l’accélération industrielle de l’Europe. Je plaide pour que le Vieux Continent reparte à la conquête des marchés mondiaux afin de pallier le risque d’une dépendance croissante, notamment vis-à-vis de la Chine.

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ent mille emplois supprimés chez Volkswagen ; Northvolt, le fabricant de batteries, mort prématurément. L’automobile ne souffre pas seule : la start-up lyonnaise Carbon a renoncé à sa gigafactory photovoltaïque de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, et la chimie européenne a perdu près de 10 % de ses capacités depuis 2022. En 2025, pour la deuxième année de suite, la France a fermé plus d’usines qu’elle n’en a créées.

 

Cette hécatombe résulte de facteurs structurels.
Mais elle n’est pas inéluctable.

La vérité est simple : nos entreprises jouent un match truqué. Un quart des entreprises chinoises présentes sur le marché européen vendent à perte. Elles sont massivement subventionnées par Pékin, selon une logique d’aspiration : casser les prix, tuer la filière européenne, puis relever les tarifs. Le textile et le photovoltaïque hier, la voiture électrique aujourd’hui, les éoliennes demain ? L’équipe de France des entrepreneurs démarre chaque match en étant menée 3-0.

Depuis 2009, plus de 5 000 mesures de préférence locale, obligations faites à un investisseur d’acheter une certaine quantité de matériaux locaux pour les incorporer dans son produit, ont été adoptées dans le monde, notamment aux Etats-Unis, en Chine ou en Inde. A l’inverse, seulement 1 % d’entre elles ont été prises par l’Europe. Celle-ci reste la dernière grande naïve de la mondialisation, arc-boutée sur les règles d’une Organisation mondiale du commerce agonisante et sur une concurrence « libre et non faussée » qui n’existe plus nulle part.

Pendant ce temps, notre déficit commercial avec la Chine a doublé en dix ans : 1 milliard d’euros par jour, soit 730 euros par citoyen de l’Union européenne et par an.

Plan décennal souverain

Nous sommes face à un risque mortel. L’antidote existe : le règlement pour l’accélération industrielle de l’Europe. La part de l’industrie dans le produit intérieur brut de l’Union européenne, de 14,3 % en 2024, pourrait remonter à 20 % d’ici à 2035. Il faut pour cela sortir des dogmes et oser le plan décennal européen, en s’appuyant d’abord sur une vraie préférence européenne. Marchés publics et aides d’Etat représentent environ 3 000 milliards d’euros d’argent public par an. Les impôts des Européens doivent aller en priorité à ce qui est fabriqué en Europe. 

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